Hommage aux martyrs du Coup d’Etat : « Vous n’êtes pas morts pour rien. »

La Nation burkinabè a rendu un vibrant hommage aux martyrs du coup d’Etat du 17 septembre dernier, ce vendredi 9 octobre 2015 à la Place de la Révolution. Le président Michel KAFANDO, le Premier ministre Yacouba Isaac ZIDA, le président du Conseil national de la transition Chérif SY, des chefs d’institutions et des diplomates en poste à Ouagadougou se sont inclinés devant les dépouilles des victimes de la soldatesque, en présence des familles éplorées. A l’issue de la cérémonie d’hommage, les autorités, avec à leur tête le Chef du Gouvernement, ainsi que de nombreux citoyens ont accompagné dix martyrs à leur dernière demeure, au cimetière municipal de Gounghin. Quatre autres corps avaient déjà été inhumés en dehors de toute solennité.

Ils sont dix martyrs, âgés entre 16 et 41 ans, à être portés au pinacle à la Place de la Révolution, ce vendredi 9 octobre 2015 avant leur inhumation au cimetière de Gounghin, dans une atmosphère chargée d’amertume, mais pleine de solennité.

Solennité

Dix cercueils enveloppés par le drapeau national, transportés par un porte-char qui fait son entrée à la Place de la Révolution. Le ban et l’arrière-ban de la République, le monde diplomatique, une foule des jours exceptionnels dans laquelle on reconnaît quelques militants de la société civile se tiennent débout pour accueillir les martyrs de la révolution. Le maître de cérémonie invite l’assistance à entonner le DITANYE à la suite de la fanfare de l’armée.
Une fois l’hymne national fièrement exécuté, le président du Faso, Michel KAFANDO descend de la tribune pour s’incliner tout seul devant les dépouilles. Le cérémonial pouvait ainsi commencer.

Tout d’abord, une prière œcuménique pour le repos des âmes des victimes, conduite par les aumôniers militaires.

Au parloir, le représentant des familles des martyrs, Patrice BAZIE, a fustigé « une poignée de médiocres… se ventant d’être une unité d’élites » à la base de « cette tragédie ». Et de réclamer aux autorités « la justice d’abord, la justice ensuite et la justice enfin » pour « les vaillants martyrs tombés sur le champ d’honneur ».

Par la voix du ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, Youssouf OUATTARA, le « Gouvernement a rendu un vibrant hommage aux valeureux combattants de la liberté qui ont par le sacrifice de leur vie, fait échec au coup d’Etat du 16 septembre 2015 et éviter ainsi à notre pays l’installation de l’ignoble et inhumaine dictature qui se déployait et s’apprêtait à s’installer ». M. OUATTARA a souhaité prompt rétablissement aux personnes blessées lors du coup de force du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Il a réitéré aux autorités morales la reconnaissance de la Nation pour leur rôle de veille et d’apaisement. Il a traduit la même gratitude à la jeunesse combattante, à la société civile, aux syndicats, à la presse et à l’armée.

Le ministre OUATTARA a surtout promis la justice au profit des disparus, comme l’ont exigé le porte-parole de leurs familles et le public fortement mobilisé.

Amertume

Le recueillement des personnalités et des proches des victimes sur les dépouilles mortelles a comporté sa dose de ressentiment. De nombreux parents, encore meurtris par l’épreuve, ont manqué de s’écrouler sur les cercueils de leurs proches.

Même consternation au cimetière de Gounghin où les illustres martyrs reposent pour toujours. Devant un parterre d’officiels conduits par Isaac ZIDA et Chérif SY, le ministre de la Communication, Frédéric Abel NIKIEMA, dans une oraison funèbre, a dit penser à tous ces jeunes qui quittent héroïquement cette vallée de misères. « De vous nous sommes fiers. Fiers de votre courage. Fiers de votre combat, oh combien juste. Fiers de la paix retrouvée au pays des hommes intègres. Fiers parce que vous n’êtes pas morts pour rien… », a –t-il dit.

Une grande amertume se lisait sur les visages. Elle s’exprimait aussi à travers les conversations et les apartés. Dans les slogans et sur les pancartes aussi. Une amertume propre à tout deuil ? Provoquée par la jeunesse des victimes ? Ou par le caractère ignoble du putsch et de sa justification ? Peut-être un peu de tout cela !