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La période post - coloniale : 1960 - 1998

[La Ière République][Les années Lamizana 1966-1980][Le Comité Millitaire de Redressement pour le Progrès National 1980-1982][Conseil du Salut du Peuple 1982 - 1983][Conseil National de la Révolution  1983 - 1987][Le Front Populaire et la marche vers la Démocratie :1987-1991]


La Ière République

L'année 1960 marque une étape décisive dans l'histoire de la Haute-Volta, (Aujourd'hui Burkina Faso) de même que celle de la plupart des anciennes possessions françaises d'Afrique. L'accession de ces pays à la souveraineté nationale est l'aboutissement d'un processus politique amorcé une dizaine d'années plus tôt et institué par la Constitution de 1958 qui les fait passer du statut de colonies à celui d'Etats membres de la Communauté franco-africaine.

Le transfert de compétences de l'Etat français à l'Etat voltaïque a lieu le 11 juillet 1960, en concertation avec les autres membres du Conseil de l'Entente. Maurice Yaméogo préside alors aux destinées de la Haute-Volta. Le 5 août 1960, l'indépendance de la Haute-Volta est proclamée et dès le 20 septembre, le jeune Etat est admis aux Nations Unies.

 

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Feu Maurice Yaméogo premier président du Burkina

L'indépendance ne constitue pas une rupture brutale avec l'ancienne puissance coloniale. Elle est accompagnée par des accords de coopérations signés le 24 avril 1961 dont la particularité réside dans le fait que, sur le plan militaire, la Haute-Volta refuse l'installation de bases françaises sur son territoire. Pour le jeune Etat, cette période est marquée par la recherche d'un équilibre sur le plan diplomatique, économique et politique. En janvier 1962, la Haute-Volta adhère au groupe de Monrovia qui rassemble les pays modérés, mais maintient des relations avec le groupe panafricaniste. Elle avait même décidé, en juin 1961, de supprimer ses barrières douanières avec le Ghana.

En 1962, la Haute-Volta prend part à la constitution de l'Union Monétaire Ouest-Africaine (UMOA) et le 26 mai 1963 elle participe à Addis-Abéba, en Ethiopie, à la création de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA).

Sur le plan intérieur, la politique administrative est confrontée à l'épineuse question de conciliation entre le pouvoir traditionnel et le pouvoir moderne. Finalement, la première République va ôter aux chefs traditionnels les nombreuses prérogatives qui leur ont été accordées pendant la période coloniale. Par ailleurs, le pouvoir personnel du Chef de l'Etat, favorisé par l'instauration du système du parti unique avec l'Union Démocratique Voltaïque, section locale du Rassemblement Démocratique Africain (UDV-RDA), ne laisse aucun espace de liberté aux opposants, souvent emprisonnés. Une loi du 24 avril limite même les libertés syndicales et le droit de grève. C'est dans ce climat que le Président , candidat unique aux scrutins du 3 octobre 1965 , est élu avec 99,98 % des suffrages exprimés.

Sur le plan financier, l'euphorie de l'indépendance a fait perdre de vue les mises en garde sur la politique d'autorité prônée dès 1959, d'autant plus que les mauvais rapports avec la France ont eu pour conséquence une réduction de ses subventions. Confronté à la pénurie des caisses publiques, due pour l'essentiel à la gabegie du Chef de l'Etat, le gouvernement décide d'appliquer un train de mesures drastiques dont le clou est la réduction de 20% de la masse salariale.

C'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Le ler janvier 1966, les syndicalistes décident de déclencher une grève qui mènera à la révolte. L'état d'urgence est décrété, mais l'agitation se poursuit et culmine par une marche populaire le 3 janvier. Le président est contraint de démissionner et, à la demande des manifestants, "le militaire le plus ancien dans le grade plus élevé " prend le pouvoir: il s'agit du commandant Sangoulé LAMIZANA.


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Les années Lamizana :1966-1980

Elles durent près de seize ans sans discontinuer, mais ne sont pas homogènes sur les plans constitutionnel et politique. Plusieurs types de régimes se succèdent durant son règne ; correspondant à la périodisation suivante :

  • 1966-1970 : Gouvernement militaire provisoire
  • 1971-1974 : Ile République
  • 1974-1976 : Gouvernement de renouveau national
  • 1976-1978 : Gouvernement "de transition" et Gouvernement "d'union nationale"
  • 1978-1980 : Ille République

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Général Aboubacar Sangoulé lamizana

Le Gouvernement militaire provisoire :1966-1970

La prise du pouvoir par le commandant Lamizana donne lieu à la formation d'un gouvernement militaire provisoire, émanation du Conseil Supérieur des Forces Armées. La Constitution est suspendue, l'Assemblée Nationale et les Conseils Municipaux dissout , les partis politiques interdits.

 La première tâche à laquelle s'attelle le nouveau gouvernement est l'assainissement des finances publiques et le redressement de la situation économique. Les mesures d'austérité préconisées auparavant sont appliquées avec beaucoup de rigueur, mais acceptées par les fonctionnaires bien qu'ils perdent un demi-mois de leur revenu annuel. Le train de vie gouvernemental et celui de l'Administration sont réduits à leur strict minimum. Finalement, le déficit budgétaire est résorbé en 1969. L'Etat renforce sa participation dans plusieurs secteurs économiques, culturels et sociaux tels l'électricité, l'eau, le cinéma, les banques, les assurances etc.

 Le pays est doté d'une nouvelle Constitution qui associe les civils à l'exercice du pouvoir et octroie le tiers des postes ministériels et celui de Chef de l'Etat à des militaires. Il est prévu que ceux-ci doivent rejoindre les casernes à l'issue d'une période transitoire de quatre années, c'est-à-dire en 1970.

La Ile République :1971-1974

Trois partis dominent alors le paysage politique voltaïque : le Rassemblement Démocratique Africain (RDA), le Parti du Regroupement Africain (PRA) et le Mouvement de Libération Nationale (MNL). Les élections de décembre l970 sont remportées par le RDA. Son président, Gérard Kango Ouédraogo, est appelé à former le gouvernement et son secrétaire général, Joseph Ouédraogo, est nommé à la présidence de l'Assemblée Nationale. Le PRA intègre l'équipe gouvernemental avec deux ministres.

Engagés dans la course à la magistrature suprême, prévue en 1975, les deux leaders du RDA ne s'entendent pas. Une crise s'installe à laquelle l'armée met fin en reprenant le pouvoir en février 1974.

Le Gouvernement de renouveau national :1974-1976

Dès sa création il est confronté à de nombreuses difficultés : la sécheresse, les effets du premier choc pétrolier, le conflit frontalier avec le Mali.

Sur le plan politique ce nouveau gouvernement crée un Conseil Consultatif National pour le Renouveau (CCNR) et institue le Mouvement National pour le Renouveau (MNR) auquel les syndicats s'opposent en réclamant le retour à une vie constitutionnelle normale. Devant la fronde grossissante, le président Lamizana dissous le Gouvernement de renouveau national et constitue un cabinet de transition, lui-même bientôt remplacé par une équipe gouvernementale dite d'union nationale.

 Les gouvernements "de transition" et "d'union nationale" :1976-1978

Bien que composée de différentes sensibilités politiques du pays dont des représentants de la chefferie traditionnelle, le gouvernement "de transition" dure moins d'une année. Son règne est marqué par la création d'une Commission spéciale chargée d'élaborer un avant-projet de Constitution. Pour l'essentiel, celui-ci propose : la limitation des partis politiques à trois, selon leurs scores aux élections à venir, et la formation d'un gouvernement d'union nationale qui aurait pour mission de mettre en place les nouvelles institutions prévues. Ce gouvernement est installé en 1977 et, la même année, la Constitution est approuvée par référendum.

La IIIe République : 1978-1980

A la suite des élections législatives d'avril 1978, trois partis viennent en tête : l'UDV-RDA, l'UNDD et l'UPV. Aux présidentielles, en mai de la même année, le président Sangoulé Lamizana , alors général , devient enfin le président de la République démocratiquement élu, après avoir été mis en ballotage. Avec une courte majorité, Gérard Kango Ouedraogo est élu à la tête de l'Assemblée Nationale et Joseph Conombo investi au poste de Premier Ministre.

Issu d'une majorité contestée, le régime fut très tôt confronté à diverses difficultés dont les plus déterminantes sont les luttes syndicales. C'est à l'issue de celles-ci, notamment la grève de cinquante six jours du Syndicat National des Enseignants Africains de Haute-Volta (SNEAHV), qu'un coup d'Etat porte au pouvoir le Comité Militaire pour le Redressement National (CMRPN).


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Le Comité Militaire de Redressement pour le Progrès National : 1980-1982

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Colonel Saye Zerbo

La reprise du pouvoir par les militaires suscite l'enthousiasme des nombreux mécontents de la IIIe République. Le colonel Saye Zerbo, ancien ministre des Affaires Etrangères du gouvernement de transition, est porté à la tête du CMRPN. Il s'engage résolument dans une politique tournée vers les campagnes, avec un certain succès au départ, et il tente une moralisation de la vie publique. Mais la popularité du régime s'émousse très vite, surtout à cause des restrictions du droit de grève et des mesures tendant à limiter l'émigration. Au sein de l'armée, un conflit larvée naît entre les colonels et les capitaines, dont certains font pour la première fois leur apparition sur la scène politique, tel le capitaine Thomas Sankara, nommé secrétaire d'Etat à l'information. Avec sa démission fracassante cinq mois plus tard, la crise devient ouverte. Le dénouement survint en novembre 1982, par un coup d'Etat qui porte les jeunes officiers au pouvoir. C'est l'avènement du Conseil du Salut du Peuple (CSP).


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Le Conseil du Salut du Peuple (CSP) ou la phase transitoire vers les bouleversements politiques (1982-1983)

C'est l'une des périodes les plus agitées de l'histoire du Burkina Faso. Assaillis par divers courants politiques, les jeunes militaires hésitent entre le retour à une vie constitutionnelle normale et le basculement du pays dans la voie progressiste. Le premier camp est représenté par le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, porté à la tête de l'Etat et soutenu par une frange importante de la haute hiérarchie militaire et le second par Thomas Sankara, son Premier ministre, qui bénéficie du soutien des jeunes officiers et de l'appui des organisations civiles marxisantes.

C'est l'une des périodes les plus agitées de l'histoire du Burkina Faso. Assaillis par divers courants politiques, les jeunes militaires hésitent entre le retour à une vie constitutionnelle normale et le basculement du pays dans la voie progressiste. Le premier camp est représenté par le commandant Jean-Baptiste Ouédraogo, porté à la tête de l'Etat et soutenu par une frange importante de la haute hiérarchie militaire et le second par Thomas Sankara, son Premier ministre, qui bénéficie du soutien des jeunes officiers et de l'appui des organisations civiles marxisantes.

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Le Médecin Commandant
Jean Baptiste Ouédraogo

La crise s'amplifie avec l'arrestation du capitaine Thomas Sankara et de ses compagnons. Les jeunes de Ouagadougou , la capitale envahissent les rues pour réclamer leur libération. Pour contrer la popularité du camp des jeunes officiers, celui des modérés organise une contre-manifestation et libère tous les prisonniers politiques incarcérés depuis l'époque du CMRPN, dont Sankara et ses amis. Mais il est trop tard : l'Etat est fragilisé et l'armée divisé.

Le 4 août 1983, les militaires du Centre d'entraînement commando(CNEC) de Pô, au sud du pays, sous la conduite du capitaine Blaise Compaoré, prennent d'assaut Ouagadougou. Le Conseil National de la Révolution (CNR) est alors proclamé.


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Le conseil national de la révolution (CNR) :1983-1987

Le CNR opte pour un régime de type progressiste. Composé d'une centaine de membres plus ou moins anonymes, il a à sa tête quatre leaders, aussi appelés "chefs historiques de la Révolution" : le capitaine Thomas Sankara, le capitaine Blaise Compaoré, le commandant Jean-Baptiste Lingani et le capitaine Henri Zongo. Plusieurs partis d'obédience communiste soutiennent le régime, dont les Comités de Défense de la Révolution (CDR) constituent l'ossature organisationnelle à tous les échelons de la vie publique

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Feu Capitaine Thomas Sankara

De profondes transformations sont entreprises. Ainsi, l'organisation administrative et territoriale change avec le découpage du pays en dix provinces, la création des secteurs urbains en lieu et place des quartiers traditionnels, la nationalisation du sol et du sous-sol, etc. La Haute-Volta devient le Burkina Faso et les voltaïques, les burkinabé. C'est une période où, de gré ou de force, les populations consentent de nombreux sacrifices : réduction des salaires, restrictions des libertés syndicales, travaux d'intérêt collectifs, etc. En revanche, le plan populaire de développement (PPD), exécuté de façon volontariste, permet d'accroître le taux de scolarisation, de bâtir des logements sociaux, de promouvoir la vaccination à grande échelle, de construire des retenues d'eau et des forages .

Sur le plan international le Burkina Faso est mieux connu qu'auparavant, admiré par les progressistes qui en font un exemple. Le charisme de son président dépasse largement les frontières du pays. Cependant, à l'intérieur, des fissures apparaissent dans la cohésion du pouvoir. Les burkinabé, qui ont connu durant de nombreuses années des espaces de liberté quelle que soit la nature des régimes, sont de plus en plus exaspérés par celui du CNR. Sont particulièrement mal supportés les exécutions sommaires, les "dégagements" de fonctionnaires, les exactions diverses de certains membres des CDR. Les organisations qui soutiennent le régime s'opposent dans des querelles interminables. Les contestations touchent l'armée. La confiance ne règne plus au sommet du pouvoir. Le dénouement est tragique : le président du CNR trouve la mort au cours d'une fusillade sanglante le 15 octobre 1987.


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Le Front Populaire et la marche vers la démocratie :1987-1991

Dirigé par le capitaine Blaise Compaoré, le Front Populaire prône la rectification de la Révolution. Le nouveau pouvoir entreprend de décrisper l'atmosphère sociale : libération des prisonniers politiques, dialogue avec les différentes forces sociales, réparations des torts causés pour des motifs syndicaux, politiques ou autres, réhabilitation de la chefferie traditionnelle, etc. Cette nouvelle politique exige des adaptions, notamment au niveau des structures émanant du CNR. Ainsi, les CDR sont-ils dissous et remplacés par les Comités de la Révolution (CR), éphémères elles-mêmes.

Persuadé que la mise en place d'un véritable Etat de droit constitue le seul rempart aux errements du passé, le Président du Faso, Blaise Compaoré, fait part, dans son discours à la Nation le 31 décembre 1989, de son intention de doter le pays d'une Constitution. Cette intention est réaffirmée au premier Congrès ordinaire du Front Populaire en mars 1990 et deux mois plus tard, en mai, une Commission Constitutionnelle est installée. Elle élabore un avant-projet qui est soumis à l'examen des Assises nationales convoquées à cet effet en décembre 1990.

L'année 1991 est une étape essentielle dans cette marche vers un Etat de droit. En janvier, le Président du Faso autorise la création des partis politiques. Une vingtaine est aussitôt reconnue. Quelques mois plus tard, le 2 juin, un référendum permet l'adoption de la nouvelle constitution qui est promulguée le 11 juin. Les fondements de la IVe République sont alors posés.

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