
La période coloniale : 1895 1919 [Introduction][Choc colonial l][Constitution et blocage][Traversée du désert][Renaissance et marche vers l'indépendance] Lhistoire de la constitution de la colonie de Haute Volta est indissociable de celle du fonctionnement du gouvernement général de lAOF. En effet, à la création du gouvernement général de lAOF en 1895, la majeure partie des peuples de lactuel Burkina Faso gardait leur souveraineté. Le gouvernement général coordonna la conquête et lorganisation administrative. En 1904, le gouvernement général de lAOF fut réorganisée et dotée dun budget autonome. Une réorganisation territoriale fut opérée par la suite, qui aboutit à la création dune vaste colonie appelée Haut-Sénégal et Niger, au sein de laquelle fut intégrée la zone de lactuel Burkina Faso. Pendant la Première Guerre Mondiale, de nombreuses révoltes éclatèrent ça et là, notamment autour de la boucle du Mouhoun, (ancienne Volta Blanche). Les plus mémorables se déroulèrent en 1915 1916. Lhistoire coloniale de lactuel Burkina Faso nest pas dissociable de celle des pays qui ont subi la domination Européenne du XIXè XXè siècle, toutefois, on peut relever des spécificités qui donnent une certaine originalité à cette histoire. Le cadre territorial constituant lactuel Burkina Faso sest tardivement fixé. Il a fallu attendre 1947 pour que les incertitudes prennent fin. Cela a eu des conséquences sur son évolution politique et économique. Sur le plan politique, lévolution de la Haute-Volta resta liée aux grandes étapes de lorientation de la politique coloniale française. Lémergence dune élite politique dans un cadre organisé moderne se fit après la seconde guerre mondiale à propos des revendications visant la reconstitution du territoire. La vie politique fut très tumultueuse entre 1956 et 1958 ou enfin le RDA simpose en Haute-Volta. Les grandes étapes chronologiques de lhistoire coloniale du Burkina Faso découlent du repérage des phénomènes et faits donnant une profondeur historique et une signification originale à lévolution du territoire. Ce repérage tient compte à la fois de la naissance de nouvelles formes de relations avec lextérieur : défi face à la conquête et à loccupation ; la nouvelle organisation administrative et surtout territoriale conséquence lointaine de la formation dune nouvelle nation en construction. Il n'en demeure pas moins que les survivances précoloniales restent fondamentales dans laffirmation de lidentité nationale, et que pour donner un contenu culturel à la nation, lhéritage précolonial est incontournable. Quatre grandes périodes ont rythmé lévolution de la Haute Volta coloniale :
Le choc colonial : conquêtes, résistances et installation française. Les explorations furent des signes avant coureurs de la conquête. Dans une première phase, lobtention des traités de protectorats se fit surtout par la voie diplomatique ou la ruse. Après la conférence de BERLIN, les explorateurs suivants visitèrent la zone de l'actuelle BURKINA: Les officiers Voulet et Chanoine réalisèrent les plus grandes conquêtes dans les pays de Haute-Volta. Ils semparèrent de Ouagadougou en 1896 après une résistance de Naba Wobgo, obligé de senfuir au Gold Coast. Auparavant la prise sanglante de Boussé en 1895 marquait la phase de réalisation des conquêtes. Les réajustements territoriaux, qui furent opérés par ladministration , suggèrent deux subdivisions pendant cette période :
La Constitution et le blocage (1919 1932) Cette période constitue un repère fondamentale. 1919 correspond à la constitution de la Haute-Volta en une entité spécifique, à la tête de laquelle se trouvait un gouverneur.Le premier gouverneur de la Haute-Volta fut Frédéric Charles Edouard Alexis HESLING (1869-1934). Il exercera de mai 1919 à décembre 1927. Son uvre fut marquée par la consolidation de lossature administrative et la mise en valeur coloniale de façon volontariste. La colonie de Haute-Volta regroupait les cercles suivant : Bobo-Dioulasso, Gaou, Dédougou, Dori, Fada NGourma, Say (rattaché au Niger en 1927) et Ouagadougou. A une période où la mécanisation était peu développée, la concentration humaine en Haute-Volta (3 millions dhabitants) constituait un atoût pour lexploitation des potentialités encore très peu connues. Ce fut une période marquée par lintensification du travail forcé pour la réalisation des différents équipements et infrastructures : construction des bâtiments administratifs, écoles, formations sanitaires. Le réseau routier passa de 3 000 à 6 000 km. Il visait lévacuation des produits agricoles. Laccent fut mis sur la culture du coton par linstitution de champs collectifs obligatoires dans les villages. Par arrêté du 4 décembre 1926 deux villes furent érigés en commune Bobo-Dioulasso et Ouagadougou. Toutefois, cette politique volontariste eut des conséquences difficiles pour les populations : forte imposition, recrudescence du travail forcé desquelles résultèrent une forte migration vers la Gold Coast et une paupérisation de la population. Les germes dun proto-nationalisme centré sur le cadre territorial actuel puisent, en partie, ses racines de cette période. Car le combat pacifique qui fut mené plus tard, outre les références à lhéritage précolonial, sappuie sur lhéritage de cette période : négation du martyre subi et des résultats obtenus. En effet, le 5 septembre 1932, un décret fut pris supprimant la colonie de Haute-Volta et la partageant entre la Côte-dIvoire, le Soudan et le Niger.
La traversée du désert 1932 1947 Cette période comporte deux subdivisions :
La première période fut caractérisée par le démentèlement des structures administratives et sociales, le chef-lieu de la colonie perdit de nombreuses prérogatives, dont son statut de commune en 1936. Certains équipements publics furent démentelés : Imprimerie, Ecole Régionale de Ouaga, Trésorerie, etc Le travail forcé fut poursuivi, en dehors même de la zone de lancienne Haute-Volta. Le 13 juillet 1937 un décret fut pris portant création à partir du 1er janvier 1938 dune région administrative de Haute-Côte dIvoire. Elle regroupe les cercles de lancienne Haute-Volta rattachée à la Côte dIvoire ; Il sagit des cercles suivants : Ouagadougou, Kaya, Tenkodogo, Koudougou, Gaoua, et Bobo. Cet événement est favorisé par larrivée au pouvoir du Front Populaire en France qui se donnait pour objectif dhumaniser la politique coloniale. A la tête de cette région, fut nommé un représentant du gouverneur avec pour résidence Ouagadougou. Cet acte visait à atténuer la suppression de la Haute-Volta. Leffort de guerre, lidée de la dette des sang, servirent de fondement aux revendications partisant de la reconstitution qui critiquèrent la balkanisation et le délaissement de la Haute-Volta, notamment sa capitale historique : Ouagadougou. Au moment où germèrent les mouvements démancipations organisés dans les cadres territoriaux, la Haute-Volta nexistait pas. Ce qui exacerba les frustrations, créant une solidarité entre les ressortissants de lancienne Haute-Volta. Il y eut alors une conjonction de points de vue entre les chefs traditionnels, notamment le moro-naba, et lélite. La renaissance et la marche vers lindépendance (1947-1960) Laprès guerre constitua un tournant dans la vie politique et administrative du monde colonial. Les Africains devinrent des acteurs plus volontaires dans lhistoire de leur territoire. Cette situation saccompagna dune émergence du sentiment national dans le cadre des limites territoriales coloniales. La conférence de Brazzaville jeta les bases dune participation, des africains à lexercice du pouvoir politique. Les frustrations des voltaïques nétaient pas seulement dordre politique. La spécialisation imposée par le système colonial faisait des voltaïques des sujets de secondes zones. Le sentiment dêtre asservi (dans le système colonial) créa un élan de solidarité dans le milieu voltaïque. Les premières protestations officielles vinrent du Moro-Naba Kom II. Il sagissait des protestations dun souverain traditionnel pour maintenir lexistence de lentité territoriale dans le concert du monde colonial. Alliant la tradition et les formes dorganisation moderne, les partisans de la reconstitution formèrent un parti : Union pour la défense des intérêts voltaïques, dont le cheval de batail était la reconstitution de la Haute-Volta. Le contexte politique de lépoque favorisa la reconstitution : avancée du RDA, crainte dun irrédentisme mossi et alliance avec lélite politique. Le 04 septembre 1947, fut voté la loi rétablisant la Haute-Volta de ses frontières de 1932. 1947 marque un tournant important dans lévolution des cercles de Haute-Volta jadis rattachés aux territoires voisins. La reconstitution de la Haute-Volta, en 1947 stabilise les frontières administrative du groupe de lAOF ; La Haute-Volta évolua dans le cadre de lUnion Française en 1948, elle élit ses conseillers généraux (sorte de parlement local), puis ses députés à lAssemblée Nationale Française. La liste de lUnion Voltaïque comprenant Henri GUISSOU, OUEDRAOGO Mamadou, NAZI Boni prit le dessus sur la liste du RDA. Le 23 juin 1956 fut voté la loi cadre, politiquement la Haute-Volta pouvait, pour la première fois, disposer dun conseil de gouvernement élu par son Assemblée territorial. Les membres de ce conseil allait avoir rang de ministre. La gestion des affaires territoriales incombait à ce conseil qui devait choisir un vice président parmi ces membres ; le président était directement nommé par la métropole. Le RDA remportera par une courte majorité les élection du 31 mars 1957. Le 17 mai 1957, Ouezzin COULIBALY forma le premier conseil de gouvernement ; M. Yvon Bourges en fut de facto, le Président. Mais une crise politique éclata le 17 décembre 1957, une motion fut votée par le Groupe de Solidarité Voltaïque contre le gouvernement de Ouezzin COULIBALY. Le MDV de Maurice YAMEOGO rallia la majorité ce qui permit à Maurice YAMEOGO daccéder au gouvernement. Le 06 septembre 1958, Ouézzin COULIBALY meurt à Paris, et Maurice YAMEOGO, ministre de lintérieur assurant lintérim accéda à la plus haute fonction de gouvernement. Les réformes françaises marquent le retour du Général de Gaule au pouvoir et surtout lavènement de la Vè République.La Haute-Volta adhère à la communauté le 28 septembre 1958. Le transfert de pouvoir saccéléra, le gouverneur nétait plus Président du Conseil du gouvernement, mais la tutelle du gouvernement français demeurait car son président était à la tête de la communauté. Le 11 décembre 1958, la Haute-Volta obtint le statut de République autonome membre de la communauté. A lapproche des indépendances, la Haute-Volta, prit dabord position pour un système fédéral ; et adhèra à la Fédération du Mali le 28.janvier 1959 qui comprenait : le Soudan, le Sénégal, le Dahomey. Plus tard, elle se retire pour former, avec la Côte-dIvoire, le Niger, et le Dahomey, le Conseil de lEntente. Cest dans ce cadre que la Haute-Volta signa les accords de transfert de compétence avec la France. Dans lapplication du calendrier de la proclamation des indépendances, elle accédait à la souveraineté internationale le 05 août 1960. L'économie de la Haute-Volta à la veille de l'indépendance Elle est restée proche du système traditionnel de production, mais intégré à léconomie mondiale. Lagriculture de subsistance occupait la majorité des populations. Les principaux produits commercialisés provenaient des champs de cultures traditionnels, notamment le coton qui fit lobjet de culture forcé pendant lépoque du gouverneur Hesling. Lélevage constituait une richesse importante. Les peaux faisaient lobjet dexportation vers lEurope. Lencadrement pour accroître la production existait, mais était limitée dans ses résultats et son envergure. La SIP (Société Indigène de Prévoyance) en était la structure dexécution. Jusquen 1946, la contrainte constitua le facteur décisif dans la participation des voltaïques à léconomie coloniale. Depuis la crise de 1929, le dirigisme de lEtat sétait renforcé. Cela précisa la division du travail dans la zone Ouest Africaine. Limmense partie de lactuel Burkina faso devint pourvoyeuse de main-duvre de gré ou de force. La faiblesse de création du travail salarié dans un système social où largent était devenu indispensable pour payer limpôt, racheter les prestations, acquérir des biens de consommation etc , provoquait des mouvements de population. Laprès guerre constitua un tournant dans les méthodes institutionnelles de ladministration coloniale. Cependant, en dépit du desserrement de létat administratif et de son cortège darbitraire, cette période nen constitua pas moins une consolidation du système économique dantan. Le métropole sefforça de tenir compte de lévolution des idées internationales : il fallait moderniser et insuffler un développement économique et social. Il en résulta la création de grands fonds publics, dont le plus important était le FIDES (Fonds dInvestissement pour le Développement Economique et Social). Le FIDES devait intervenir dans le cadre des plans. Durant la période de planification, le FIDES mit laccent sur linfrastructure, condition nécessaire à lécoulement de la production. Le chemin de fer, arrêté à Bobo-Dioulasso en 1934, fut poursuivi. Il atteignit Ouagadougou en 1954. Et prit le sobriquet d épine dorsale de la Haute-Volta. La seconde priorité fut lappui à la production notamment le secteur agro-pastoral grâce aux crédits octroyés pour le développement de la riziculture et les centres de vaccination de bétail. La promotion du coton fut attribué à la CFDT (Compagnie française pour le développement textile). La troisième priorité fut accordéé à la réalisation des équipements sociaux (collèges, école primaires, hôpitaux dispensaires etc ). Lurbanisme fut pris en compte. La nature de certains investissements favorisèrent limplantation de certaines infrastructures en ville où le travail salarié était plus développé. Lindustrie ne constitue pas une priorité. On notait toutefois lexistence de quelques industries de transformations pour répondre aux besoins locaux ou pour exporter des produits semi-finis (coton). Dans les années 50, on notait lexistence des industries suivantes : CITEC (Comptoir des Industries Textiles et Cotonnières), SACACO (Société dExploitation des Carburants Coloniaux), CFDT. Les tentatives intérieures, pour renforcer cette industrie embryonnaire, se heurtèrent au manque de capitaux. Le commerce était relativement important par rapport au secteur industriel, mais à peine 6% de la production était exportée. La modernisation navait pas apporté des changements substanciels au niveau de la structure du commerce, par rapport à la période précédante. Les principaux produits exportés par ordre dimportance : les animaux vivants, plus de la moitié des exportations dans les années 50 ; larachide, les amendes de karité et leur dérivé ; le coton et quelques minerais. En tournage, les produits exportés représentaient le double des produits dimportation, 30.000 tonnes contre 16.000 tonnes, mais en valeur monétaire, le rapport était inversé. Si 71% des importations étaient dues à la zone franc, notamment la France grosse part des exportations se faisait en dehors de cette zone. La fin des années 50 fut marquée par une période dincertitudes, de reflux des capitaux publics mais aussi douverture du marché aux autres Etats dEurope (CEE) (Communauté Economique Européenne) qui résultait de la signature du traité de Rome par la France en 1957. En 1959, la politique daustérité budgétaire entra dans les préoccupations des gouvernants ; en effet lors de ladoption du Budget 1960, il fut décidé que la Haute-Volta entrerait dans une politique daustérité jusquau moment où dun commun accord, lAssemblée National et le Président du Conseil, jugeraient que la situation financière de la Haute-Volta est devenue aisée. |